Seulement 5% des Indiennes ont le droit de choisir leur mari.

         Seulement 5% des Indiennes ont le droit de choisir leur mari

Par Thomas G | février 2017

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A l’heure ou l’on craint une régression du droit et des libertés des femmes dans le monde, ainsi que le laissent penser l’investiture de Donald Trump positionné contre l’IVG ou encore la dépénalisation de la violence familiale instaurée récemment par le président Russe Vladimir Poutine, de nouveaux chiffres accablent le pays au plus fort taux de naissance chez les adolescentes.

Et pour cause : en Inde, seulement 5% des femmes ont le droit de choisir leur mari. Des statistiques accablantes pour le second pays au monde en matière de nombre d’habitants. En dépit de la gravité de la nouvelle, cette dernière ne surprendra malheureusement pas les initiés… Car il est fréquent qu’une jeune indienne soit mariée de force dès-lors qu’elle a atteint le stade pubère.  Pire encore, comme le montre l’article du site web www.aufeminin.com, ces mariages sont programmés dès leur naissance, et les représailles en cas de révoltes peuvent aller jusque au viol collectif ou au meurtre.

Outre le fait que l’enfantement précoce représente un réel danger pour la santé des femmes, cette statistique soulève un grave problème socio-culturel. Si la législation indienne interdit pourtant le mariage forcé, maintes familles continuent de considérer le sexe féminin comme un élément problématique aux enjeux matériels. De fait, lorsque un couple possède un garçon, ce dernier peut représenter une source de richesse par le mariage ou simplement pour sa robustesse au travail. A l’inverse, une femme mariée incarne aussi une dote à verser à la famille du garçon. Comme dans de nombreux pays d’Asie, la part de la population vivant marginalisée avec de faibles revenus voit dans ses enfants un élément stratégique de mobilité sociale. Marier sa fille à une famille riche, c’est aussi la promesse de lui offrir des jours meilleurs, même si c’est au prix d’une de ses libertés fondamentales : celle de disposer de son corps. Mais c’est aussi bafouer celle qui lui donne le droit de disposer de son esprit. Car bien souvent, mariage forcé va de paire avec déscolarisation.

Ainsi les paramètres d’un système informel sont donc difficiles à modifier par la loi et les actions gouvernementales de militants critiques à l’égard, notamment, du système de castes qui consolide les inégalités sociales et cloisonne les individus, demeurent relativement inefficaces. Pour autant, tout ceci tend à faire oublier que l’histoire indienne a aussi connu les sursauts d’intellectuels en croisade contre l’inégalité inhérente à la société de castes, comme c’est le cas de Mahatma Jyotirao Phule qui milita au XIXème siècle pour l’éducation des femmes. Il est d’ailleurs également connu pour avoir identifié la condition des noirs aux Etats-Unis à celle de la caste des sudra en Inde.

Aujourd’hui, un siècle et demi plus tard, la plupart des discriminations que Jyotirao Phule dénonçait sont encore monnaie-courante et le gouvernement semble impuissant face au poids écrasant d’une structure informelle plurimillénaire. Comment, alors, parvenir à donner aux indiennes le pouvoir de se rendre plus libres et indépendantes ? La solution, peut-être, réside dans l’agrégation de micro-actions individuelles, afin par exemple, de parvenir au débat et à la remise en question de rapports sexistes et discriminatoires…

Lien vers l’article : http://www.aufeminin.com/news-societe/inde-73-des-femmes-mariees-de-force-s2151594.html

crédit photo : wordpresse.com sur le lien : https://femmeseninde.wordpress.com/2013/04/29/mariage-arrange-indiennes/