L’effet papillon ou les faits pas brillants

Si Jean de La Fontaine avait vécu vers 2050, peut-être n’aurait-il jamais écrit ce petit bijou qu’est « la Cigale et la Fourmi ». Non par manque d’inspiration mais tout simplement car ces insectes n’existeront peut-être plus d’ici là. En effet, les conclusions d’une récente étude soulignent que 40% des espèces d’insectes sont en déclin.

Les chiffres sont alarmants puisque la biomasse totale des insectes se réduit de 2,5% par an, leur taux d’extinction est huit fois plus rapide que celui des mammifères. Aucun continent n’est épargné, une baisse de 98% des espèces terrestres a notamment été observée au Brésil, tandis qu’une chute de 75% des insectes a été mesurée dans les réserves naturelles en Allemagne.

Cependant, certaines espèces d’insectes voient quant à elles leur population croître. 5% des espèces sont concernées par ce phénomène, non on ne parle pas ici des charos de Kedge même s’il est vrai que c’est une espèce qui prolifère. Ces espèces résistantes aux pesticides se développent aux dépens des espèces moins résistantes. Un esprit marxiste affuté pourrait y voire une allégorie de la mondialisation. Le problème est tel que plus la diversité biologique est faible moins ce milieu est stable.

Les dommages collatéraux sont légions puisque les prédateurs de ces espèces en déliquescence deviennent à leur tour menacés, faute de nourritures. Certains oiseaux et grenouilles commencent déjà à disparaître. Nos régimes alimentaires pourraient également pâtir de cette disparition progressive puisque les cultures pollinisées garantissent plus du tiers de l’alimentation mondiale.

Urbanisation, déforestation ou pollution sont tout autant de facteurs contribuant à amplifier ce phénomène. Mais c’est l’agriculture moderne intensive qui altère le plus ces écosystèmes. L’utilisation de pesticides tel que les néonicotinoïdes introduits depuis une vingtaine d’année a causé près de la moitié des pertes de populations d’insectes.

Toutefois, ces petites bestioles parfois bien pénibles ne sont pas condamnées. Une réduction drastique de l’usage des pesticides est inéluctable. De plus l’augmentation de la diversité biologique des milieux cultivés, par exemple en replantant des haies ou avec la mise en place de bandes enherbées serait favorable à la recrudescence des insectes. Si l’amour n’est pas dans le pré, on peut tout de même y faire fleurir la vie.