Demain, la faim du monde ?

A L’occasion des Renedd, Solid’earth a pu assister à une conférence intitulée « Demain, la du monde ? ». Forts de leurs expériences, Juliette Dusquesne, journaliste indépendante et co-auteurs d’ouvrages avec Pierre Rabhi, Tom représentant de Greenpeace et Julie de l’association I Feed Good, nous ont livré leur point de vue sur le sujet.

 

Dans une situation actuelle où les difficultés alimentaires se font sentir à l’échelle mondiale (Sous-nutrition dans les pays du Sud, malnutrition dans les pays du Nord) le phénomène de croissance semble en être le point de départ.

L’augmentation du PIB qui définit le phénomène de croissance, implique un exode rural. Les populations s’enrichissent et vont vers les villes, cela a pour effet de désorganiser les exploitations, car les pays s’encrent de plus en plus dans un système de mondialisation. Ce qui était à l’origine des petites exploitations familiales se transforme en exploitation de monoculture d’exportation. Au Burkina Faso, 10% des terres agricoles sont dédiées à l’exploitation de coton pour l’exportation. Par conséquent, ce choix de monoculture intensive a provoqué en un siècle la disparition de 75% de variétés de semences dans le monde rendant ainsi les paysans dépendants de l’achat annuel de semences.

Mais le problème de la gestion alimentaire mondiale se porte également sur la question de l’élevage. En France nous consommons 2 fois plus de viande que la moyenne mondiale. La désertification permettant la monoculture de soja et de maïs (servant à nourrir les bovins) inscrit notre système dans un fonctionnement non viable. Pourtant des solutions sont proposées, à commencer par réduire sa consommation de viande mais aussi privilégier les circuits courts. Malgré les prévisions d’augmentation de la population mondiale dans les années à venir on estime qu’il sera possible de nourrir tout le monde à la seule condition de réduire d’un tier les exploitations liées à l’élevage, représentant aujourd’hui 70% des terres agricoles.

Dépeindre une situation morose ne va donc qu’un temps, mais concrètement quels sont les leviers d’action ?

La plus grande force dont nous disposons est celle d’être un consommateur pouvant choisir. A l’heure où les grands industriels s’emparent du bio, il est temps de se pencher sur les ressorts de cette agriculture.

L’agriculture biologique est à distinguer de l’agroécologie. On trouve le premier système bien plus au Nord, s’il implique des normes à respecter (notamment en termes de doses de pesticides à utiliser) il n’interdit pas moins la monoculture. Ainsi, cultiver intensivement des tomates en hiver reste faisable et couramment pratiqué même en agriculture biologique. En revanche l’agroécologie se définit plus comme la création d’écosystèmes dans une dimension systémique globale.

Ainsi, le levier d’action vers des modes de production plus responsables reposent sur les formations des agriculteurs (paramètre le plus difficile étant onéreux). Un autre problème se pose, les agriculteurs faisant du bio réussissent aujourd’hui à s’en sortir car ils se distinguent des autres par leur prix, si tous les agriculteurs passaient au bio alors les salaires des agriculteurs seraient lissés à la même somme. La concurrence des prix de vente engendrerait donc à nouveau des problèmes pour qu’ils se financent.

C’est là que la P.A.C (politique agricole commune) intervient. Aujourd’hui 80% du budget européen alloué à l’agriculture est reversé aux plus gros exploitants, défavorisant ainsi les petits exploitants voulant se lancer dans une transition agricole biologique. Pour y remédier, la voix du consommateur peut également avoir un impact, notamment par le biais d’une pétition sur la plateforme « pour notre PAC ».

Finalement, repenser le système alimentaire mondial passe aussi par le mode de distribution. A l’heure où bien se nourrir implique un budget élevé, certains proposent une idée de sécurité sociale de l’alimentation : une somme octroyée tous les mois ne pouvant être utilisée qu’auprès d’agriculteurs inscrits dans une démarche durable. Des magasins solidaires sont aussi en train de se développer, entretenus par des bénévoles, ils bénéficient de rabais lors du passage en caisse.

Enfin c’est là où l’éducation alimentaire se fait que le changement doit s’effectuer, c’est pourquoi des villes comme Lille ou Grenoble ont rendu obligatoire dans leurs cantines deux repas végétariens par semaine sans alternative carnivore possible. Greenpeace le voudrait obligatoire à l’échelle nationale et a donc lancé une pétition que nous pouvons signer pour faire avancer les choses.