L’huile qui dérange

DD

Nutella, Kit kat, Granola, Pépito, Napolitain, Paille d’or, M&M’S, Prince , Pitch, Finger, Chocapic… Ces aliments plaisir se sont forcément retrouvés un jour dans nos petits déjeuners ou goûters. Chacun d’entre nous a en mémoire ce goût unique, cet emballage qui attire le regard. Ces incontournables « délice » de notre enfance ont conquis une place importante dans la vie des consommateurs.

Mais connaissons-nous vraiment bien ces produits?  Que contiennent-ils réellement? Zoom sur l’huile qui dérange.

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C’est l’huile végétale la plus consommée au monde. Cet ingrédient traditionnel des cuisines d’Afrique, d’Amérique du Sud et d’Asie se retrouve depuis plusieurs années dans de nombreux produits de grande consommation.

En s’intéressant de plus près à sa composition chimique, on apprend  notamment que l’huile de palme vierge contient en moyenne 500 à 700 mg/kg de carotènes, molécule bienfaitrice que nous retrouvons notamment dans les carottes. Cette dernière donne à l’huile de palme non-raffinée une couleur rouge-orangée dont la consommation dans les pays producteurs est très prisée. A la base, cette huile de palme rouge a de nombreux bienfaits tels que la diminution du stress oxydant, une réduction de la pression artérielle…

Malheureusement le carotène n’est pas conservé lors du raffinage de cette huile par les industriels et on en constate une perte de 80% entre huile brute et huile raffinée. Voilà pourquoi l’huile de palme utilisée par l’industrie est blanche et non orangée. Au final, le raffinage suivi de la cuisson de l’huile de palme fait disparaître sa couleur orangée et fait rapidement descendre le niveau de carotènes à 0 mg/kg.

A ce niveau là de transformation, rien de grave mais c’est sans compter une autre technique adoptée depuis plusieurs d’années par les industriels : l’hydrogénisation.

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Ce processus industriel transforme les acides gras insaturés en acides gras saturés, et produit également des acides gras trans. Là, pas de débat : ces acides gras sont reconnus comme causant des problèmes de santé, au point d’être interdits comme en Californie. Ce « mauvais gras » favorise entre autre les dépôts graisseux à l’intérieur des vaisseaux sanguins et augmente par conséquent les risques cardio-vasculaires quand il est consommé de manière excessive.

Ainsi ce n’est pas tant l’huile de palme qui est mauvaise pour la santé mais toute sa transformation industrielle qui la rend pathogène. Cette huile devient tellement tabou dans les consciences de chacun que les industriels cherchent par tous les moyens à cacher son existence notamment sur les étiquettes des emballages en mentionnant le terme « d’huile ou matières grasse d’origine végétale » au lieu « d’huile de palme ».

On pourrait se demander pourquoi les industriels persistent à utiliser cette huile tant controversée. La réponse tient au fait que l’huile de palme est une huile à moindre coût et qui permet de surcroît de mieux conserver les produits.

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En nous penchant de plus près sur le volet environnemental, on découvre que la culture de l’huile de palme se conjugue la plupart du temps avec une déforestation intense, pratiquée via des brûlis d’envergure phénoménale. Les conséquences sur le climat et la biodiversité, immenses, sont pointées du doigt depuis des années tant par des ONG que par d’innombrables chercheurs.

Par ailleurs, de nombreux acteurs locaux, avec l’accord des gouvernements, souvent corrompus, n’hésitent pas à priver les populations autochtones de leurs droits fonciers pour céder de nouvelles concessions à des producteurs mondiaux peu scrupuleux. S’ajoutent à cela des conditions de travail déplorables et décriées de toute part.  Au final, cette culture qui rime pour certains avec développement, traîne en réalité dans son sillage une accentuation de la paupérisation..

Inégalités, déforestation mais aussi extinction animale telles sont les conséquences de la production d’huile de palme. Principales victimes de la déforestation, les orangs-outans sont chassés de leur habitat naturel du jour au lendemain. Poussés à chercher leur nourriture, des fruits essentiellement, sur des terres moins sauvages, ils se retrouvent à la merci des braconniers.

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Aujourd’hui la Malaisie et l’Indonésie, deux acteurs émergents de l’économie mondiale se partagent le marché de l’huile de palme et feront tout pour satisfaire les exigences des importateurs, européens notamment. Ces derniers ont de beaux jours devant eux suite au rejet de la « loi  Nutella » visant à taxer l’importation d’huile de palme.

Vous l’aurez sans doute deviné : le Nutella apparaît chez les nombreux détracteurs de l’huile de palme comme l’ennemi numéro 1. En effet, cette star des aliments, toute série confondue, comptabilise à son actif plus de 70% de cette huile. Nous savons tous qu’il est difficile de résister face à cette pâte à tartiner onctueuse composée de délicieuses noisettes grillées qui nous tend les bras chaque matin.

Une des solutions pour retrouver ce goût unique serait de la reproduire fait maison. C’est ce qu’a décidé de faire un jeune youtubeur en créant Fast Good Cuisine, une chaîne destinée à reproduire fait maison de nombreux produits de grande consommation. Pour les moins courageux vous pourrez toujours investir dans des pâtes à tartiner équitables.

Bonne dégustation à tous!

Amandine Georges, 18 mars 2015